jeudi 2 mai 2013

Rêver la science

La science est comme le sexe. Parfois, il en sort quelque chose d'utile, mais ce n'est pas la raison pour laquelle nous le faisons. — Richard Feynman

Ça ne fait pas sérieux de le dire, mais la science est plus portée par le rêve que par des considérations pragmatiques. Le plus grand succès de la course à l'espace de la Guerre froide, ce ne fut pas d'aller sur la Lune, mais de faire rêver des générations d'enfants, qui devinrent scientifiques (ou plus récemment, fondateurs d'entreprises spatiales, comme Scaled Composites ou Planetary Resources).

Pie chart with main reason being 'build the iron man suit'
À ce propos, construire l'armure d'Iron Man coûterai à peu près le prix d'un Rafale, à savoir 100 millions – c'est donc tout à fait dans le budget de l'armée.

Projet Hieroglyph

Neil Stephenson (Le Samouraï virtuel) l'a très bien compris avec le projet Hieroglyph. Lors d'une conférence où il se lamentait que la science à perdu son dynamisme, il lui fut rétorqué ceci : C'est vous qui vous êtes relâché. C'est votre faute, à vous les écrivains de science-fiction. En ne décrivant que des scénarios pessimistes, vous ne faites plus rêver les jeunes.

Car c'est bien de ça qu'il s'agit. Un scientifique transforme un rêve en réalité. Un scientifique est inspiré, transporté par des poètes, ses véritables maîtres à penser, les écrivains de science-fiction. Si eux, les inspirateurs, perdent la flamme, que feront les scientifiques ? Des projets ennuyeux à rentabilité immédiate. Et, après un temps, la science s'essoufflera (elle ne s'éteindra pas — la science progressait déjà bien avant que la science-fiction existe).


La réussite d'un projet dépend de la motivation au moins autant que des moyens.

Aujourd'hui, nous avons un sursis, mais juste un sursis, avec Hollywood. La vague actuelle des comics reporte l'essoufflement de la science, mais pour combien de temps ? Déjà, des voix s'élèvent (parfois avec raison) pour critiquer les films basés sur les comics. Bientôt, l'intérêt pour ces films disparaîtra. Quel « relais de rêverie » restera-t-il aux scientifiques ?

Neil Stephenson, choqué (et probablement aussi flatté) de voir l'importance que la SF a pour la science, à donc mis sur pied le projet Hiéroglyph. Son objectif ? Refaire rêver les scientifiques, les motiver à chercher – et à trouver. Le projet Hieroglyph sera un recueil qui sortira en 2014. Les œuvres devront être optimistes et réalistes. no hacker, no hyperspace, no holocaust.

Rêver pour créer

L'esprit humain a besoin de vagabonder pour créer. Non, la science-fiction n'est pas de la sous-littérature. Non, le temps passé à lire de la SF n'est pas du temps gaspillé au lieu de faire des choses sérieuses. Pire encore, comme le montre l'exemple de Wells au XIXe siècle ou l'apologue science-fiction et prospective de Gérard Klein, c'est même en refusant d'être raisonnable qu'apparaissent certaines des plus grandes visions —; saviez-vous que c'est en rêve que Mendeleïev trouva son fameux tableau ?

La sérendépité, cette capacité à découvrir grâce au hasard, aux accidents ou aux maladresses, est largement reconnue et légitimée, mais la science-fiction, elle, est dénigrée ? Certes, ceux qui dénigrent la science-fiction sont rarement des scientifiques eux-mêmes. Ceci ne me rassure qu'un peu, cependant, car ces "non-scientifiques" sont des parents de futurs scientifiques ou des débloqueurs de crédits. Leur rôle est très important.

WipeOut:Quantum

Je terminerai avec WipeOut: Quantum. Avec ce projet, nous sommes exactement à la croisée de l'imagination et de la science.

Wipeout est une série de jeux vidéo de course à bord de véhicule futuristes en lévitation. Le premier opus est sorti en 1995 et a eu un fort impact sur la jeunesse de l'époque (dont votre serviteur). Notamment, il a inspiré des chercheurs qui, aujourd'hui, travaillent sur la lévitation quantique (terme impropre puisque ça marche aussi en suspension). Admirez.


Annexe : Imagination et prospective

H.G Wells a imaginé, dans ses écrits romancés, l'avion, le tank et la bombe atomique. Mais lorsqu'on lui demande de faire un pronostic “sérieux” sur ce qui se passera au milieu du vingtième siècle, il considère que les transports aériens n'ont, en 1902, pas d'avenir, que le tank n'est, en 1901, pas une in­vention raisonnable et, en 1924, qu'il s'écoulera des siècles avant qu'on ne parvienne à appliquer la théorie d'Einstein et à maîtriser la désintégra­tion de l'énergie.

En outre, son esprit se “refuse à conce­voir des sous-marins qui fassent autre chose qu'étouffer leur équipage ou s'échouer au fond de la mer.”

En 1913, au contraire, le père de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle écrit une nouvelle dans laquelle une nation européenne imaginaire réussit à imposer autour d'elle un blo­cus total à l'aide de sous-marins. Dans le même magazine, la rédaction inter­roge divers experts qui jugent l'histoire parfaitement invraisemblable, ne se­rait-ce que parce qu'elle envisage l'éventualité que les sous-marins tirent sur des navires non armés ! “Rien de tel que les ignorants pour avoir des instincts” écrivait Victor Hugo à son ami Nadar en 1864.

(Bernard Cazes, Histoire des futurs, 1986, cité dans 2100, Récit du prochain siècle, sous la direction de Thierry Gaudin, 1993)

mercredi 1 mai 2013

TVA, revenu de base, robotisation : la transition laborale

Le triptyque de l’économie de demain

Il y a d’ores et déjà trop d’humains par rapport à la quantité de travail nécessaire[note]. Nous sommes entrés dans une phrase de transition laborale[note], où l’offre de travail est structurellement inférieure à la demande de travail ; dit autrement, il y a davantage de demandeurs d’emploi que d’offres d’emploi ; le chômage est de masse et structurel. Cette transition ne prendra fin que quand nous aurons réinventé notre occupation du temps autrement que par le travail. Cette réinvention est déjà en cours, à travers la « civilisation des loisirs », mais elle est encore insuffisante – elle n’arrive pas assez vite par rapport à la vitesse de réduction de l’emploi. Le timing, toujours le timing…

D’où vient ce chômage de masse ?

L’origine du chômage de masse


La démographie — moins d’une personne pour une personne

Comme nous l’avons dit, ce chômage de masse provient d’une part du fait que nous sommes si nombreux que tout le monde n’a pas besoin de travailler ; il est bien connu quand dans une société de vertébrés, il faut moins d’une personne pour pourvoir aux besoins d’une personne ; mis bout à bout, ces « morceaux de personnes » finissent par libérer une personne, puis dix, puis cent, de la nécessité de travailler.

Cependant, ceci est loin d’expliquer l’ampleur du phénomène. Plus importants encore que la démographie sont deux autres facteurs : la hausse de la productivité et l’esclavage.

La productivité — davantage de travail par personne

Le système de l’économie capitaliste a développé la concurrence, un système d’évolution darwinienne appliqué à l’économie — le plus rapide, le moins cher, le plus efficace, le plus proche… celui qui dispose d’un avantage concurrentiel emporte la plus grosse part du gâteau. Obtenir un tel avantage nécessite d’accroitre la productivité. Plusieurs méthodes permettent d’y parvenir : l’organisation scientifique du travail (taylorisme et ses implémentations, le fordisme et le toyotisme), l’ergonomie, les encouragements aux travailleurs… Plusieurs secteurs des activités humaines ont vu leur rendement tripler rien qu’au XXe siècle – même s’il semble que l’explosion de la productivité est derrière nous, conséquence d’un monde plein et fragile.

L’esclavage — moins de personne par travail

La vérité est que la civilisation a besoin d’esclaves. Les Grecs avaient raison. Faute d’esclaves pour accomplir le travail sale, horrible ou inintéressant, la culture et la contemplation deviennent quasiment impossibles. L’esclavage humain est mauvais, peu fiable et démoralisant. C’est de l’esclavage des machines que dépend l’avenir du monde.

Dès homo habilis[note], l’outillage a largement contribué à l’amélioration de la productivité humaine, lui permettant souvent non pas seulement d’améliorer, mais même de rendre possible une activité ou une implantation. Ainsi, avant l’invention de l’habit, bien des territoires étaient trop froids pour l’homme. Avant l’invention de l’écriture (qui nécessite des outils), l’information ne survivait guère au passage du temps et toujours de manière déformée. Et les Révolutions industrielles ont inauguré l’ère de la production de masse.

Les outils les plus perfectionnés que nous ayons, les ordinateurs et les robots (la frontière entre les deux étant plus ténue qu’on le pense) sont dotés d’une qualité que l’on rencontre très rarement dans les outils plus primaires, y compris les machines-outils : l’automatisation. En effet, tout comme un esclave humain, un robot n’a pas besoin, une fois qu’on lui a donné les instructions que quelqu’un soit derrière lui pour lui faire accomplir chaque action. Actuellement, les usines du japonais FANUC Corporation, un leader mondial dans la fabrication de robots industriels, fonctionnent trente jours sans intervention humaine, sans lumière ni air conditionné (Null et Caulfield 2003).

Combien de travailleurs en moins dans une telle usine (même en prenant en compte les techniciens et ingénieurs de maintenance) ? Combien en moins dans le monde entier ? Surtout en prenant en compte qu’un robot ne dors pas, ne mange pas (sauf de l’électricité, mais sous « perfusion »), ne fait pas de pause, demeure de vigilance constante, ne se plaint jamais et ne pose pas les problèmes éthiques de l’esclavage humain.

La persistance de la valeur travail

Ces trois causes, et probablement d’autres, expliquent en grande partie que nous ayons de moins en moins besoin de travailler — et la conquête de l’espace, des océans ou de la virtualiténote, tous des univers hostiles, ne se fera probablement pas sans une intervention massive des robots, ce qui fait que même si le monde n’était plus plein, le chômage de masse ne partirait pas.

Le travail fait partie de notre vie depuis tant de millénaires que nous avons adapté notre société à sa présence. Nous avons rationalisé son existence, nous l’avons justifié. Tout comme la mort, l’acceptation du travail est une rationalisation. Les religions ont sacralisé le travail, le justifiant pour une pomme croquée ou autre pêché originel. Les sociétés honnissent ceux qui ne travaillent pas, les reléguant à des moins-que-rien — ce n’est que depuis peu qu’un engagement associatif est accepté socialement, surtout s’il vient en supplément et non en remplacement d’un travail.

Ainsi, le travail est avec nous depuis si longtemps que nous ne pouvons envisager sa fin. Une part de moi s’y refuse d’ailleurs : en fervent adorateur de l’épreuve du temps, j’ai du mal à imaginer la fin d’un paradigme multimillénaire. Le travail ne disparaitra pas ; en revanche, il pourrait muter considérablement.

Des solutions ?

Changer de paradigme

Le travail est considéré comme la principale source honorable et fiable d’argent. Les gains aux jeux sont par trop exceptionnels, de même que les héritages, les allocations diverses sont vues comme honteuses, car dérivant d’un assistanat. La vie sans argent est très largement minoritaire dans les sociétés industrialisées, étant réservée à des individus isolés dans la campagne et vivant en autosuffisance. Le troc, quant à lui, refait surface pour faire face à une situation de crise, mais il reste une solution « de secours », car il ne peut gérer que des échanges de faible complexité, ne peut que difficilement gérer l’équité des échanges ou même s’étaler sur de grandes quantités de personnes — hormis un retour (pas si invraisemblable que ça) à des structures tribales, le troc ne peut rester que minoritaire.

Depuis quelques années, une proposition prend de plus en plus d’importance : celle du revenu de base.

Le revenu de base

Le revenu de base est un revenu INCONDITIONNEL, versé DÈS LA NAISSANCE et CUMULABLE avec tout autre revenu.

Le revenu de base[note] cherche à découpler travail et rémunération. Il a des origines à la fois philosophiques et économiques.

Au niveau philosophique, il part du constat suivant : la société a le devoir de garantir un niveau de vie décent à sa population ; on ne peut vivre décemment sans argent ; la principale source de revenus qu’est le travail est en train de se tarir ; il faut donc trouver une autre source pérenne de revenus que le travail. Bien sûr, on peut remettre en cause chaque assertion (la société a-t-elle le devoir de garantir un niveau de vie décent aux citoyens ? peut-on vivre sans argent ? comment relancer le travail ?), mais ce n’est pas le sujet ici. Le revenu de base propose de verser à chaque citoyen une somme suffisante pour vivre.

Au niveau économique, le raisonnement est : les différentes aides directes ou indirectes de l’État coûtent déjà beaucoup, soit en numéraire, soit en complexité, soit en mal-être (être considéré comme un assisté) et ses conséquences sur la santé. Le revenu de base ne coûterait pas plus cher que la situation actuelle.

Un point fondamental de ce revenu est son inconditionnalité[note]. Même un enfant y a droit (généralement, il a la moitié de l’argent d’un adulte). La distinction entre actif et non-actif disparait ; un retraité, non-actif gagne autant qu’un adulte (inversement, un mineur actif gagne comme un mineur, pas comme un adulte). Ainsi, une personne dans le besoin y a autant droit qu’une personne riche. On pourrait arguer qu’une personne riche n’en a pas besoin et c’est vrai. Mais le surcoût engendré par l’attribution d’un revenu de base aux riches est largement moins pénalisant que celui qu’entrainerait le stigmate social d’être « un assisté ». Certes, ce point ne disparait pas totalement, car cet argent doit bien venir de quelque part (de ceux qui travaillent beaucoup) ; mais il réduit quand même beaucoup la stigmatisation. L’inconditionnalité réduit grandement l’ostracisation et la complexité, deux facteurs importants de coûts indirects.

Enfin, ce revenu de base est, justement, un revenu de base. C’est-à-dire qu’il est cumulable avec un autre emploi. Cet emploi n’étant pas indispensable mais agréable (l’argent du revenu de base couvre l’indispensable ; un travail en sus permet d’avoir plus d’argent pour faire plus de choses), les négociations à l’embauche prendraient un tout autre tour. Et inversement, les licenciements pourraient être grandement facilités, puisque la personne n’a pas besoin de cet emploi pour vivre. L’Inde envisage de généraliser le revenu de base (cash transfer) à l’ensemble du sous-continent (amis sans l’inconditionnalité). Un pari risqué, vu les nombreuses oppositions qu’il rencontrera. Inutile de vous dire que je place de grands espoirs dans ce système.

Un financement simple et suffisant : la TVA

Une idée pour financer ce revenu est d’utiliser exclusivement la TVA.

Actuellement, les prélèvements sont éclatés dans des myriades d’impôts directs et indirects, avec des brouettées d’exonérations et autres niches fiscales. Les conséquences négatives sont nombreuses : complexité coûteuse tant en terme de calcul et de vérifications (lesquelles nécessitent des salariés juste pour ceci et font que personne ne sait vraiment combien il paiera, source d’anxiété) et nombreuses occasions d’évasion fiscale ; fort coût du salariat ; encouragement à la délocalisation…

Une taxe unique, la TVA (qui serait bien plus élevée qu’actuellement), permet de faciliter le salariat puisqu’il n’y a plus de cotisations patronales ou salariales et de développer un impôt plus juste ; vous ne payez que ce que vous consommez. Les riches consomment beaucoup, donc payent beaucoup ; les pauvres consomment peu donc payent peu[note]. Comme la taxe est payée là où l’on consomme et non là où l’on produit, la tentation de la délocalisation est plus forte. Quant à la critique principale de la TVA, cet « impôt injuste » parce qu’il fait payer aussi cher la baguette de pain à un affamé qu’à un riche, elle est contrée par… le revenu de base !


Les reproches envers ce modèle

Bien évidemment, ceci n’est pas parfait : d’une part, une forte TVA encourage la consommation, ce qui ne peut que déplaire aux opposants de la société de consommation. D’autre part, maints intérêts corporatistes, tous enclins à préserver leurs petits privilèges, se dresseront contre une telle TVA.

D’autre part, on considère ce modèle inapplicable car il nécessiterait une gouvernance mondiale (pourtant, entre un produit produit dans un pays à bas prix des salaires et un pays produit dans un pays à salaire normal mais sans aucune taxe sur la fabrication, il n’est pas sûr qu’on continuer à « acheter étranger »).

Enfin, le concept même de revenu de base hérisse souvent les poils : on considère encore souvent que l’argent doit se mériter, comme si les gens qui gagnent vingt fois plus travaillaient vingt fois plus dur ! Enfin, j’entends beaucoup dire que si les gens ne travaillent pas, ils ne feront rien de la journée, ils seront oisifs, décérébrés… C’est faire peu de cas de l’engagement associatif. On comptabilise trop peu souvent les résultats de ce « travail dissimulé légal » qu’est le bénévolat. On manque de visibilité et du coup, on est soupçonneux

Tentative de conclusion

Le système revenu de base + TVA a à mon sens un énorme avantage : la simplicité. Ma mentalité d’ingénieur m’a appris que plus quelque chose est complexe, plus il est susceptible d’être cassé, détourné, couteux… De plus, l’entrée imminente dans un monde d’esclaves robotiques nécessite de repenser notre rapport au travail, ce qui est d’autant plus difficile que ce modèle existe depuis des milliers d’années.

On peut commencer par remplacer la sacralisation de la valeur « travail » par la sacralisation de la valeur « engagement ». Pour ce faire, comptabiliser la valeur financière de l’engagement associatif (par le procédé de la « comptabilité virtuelle », où charges et dépenses de cet engagement associatif sont équivalents et donc ne changent rien au résultat final) et l’équivalent en argent de la complexité et des risques psychosociaux. Et je terminerai avec cette citation du Le Petit Prince :

Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais : « Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu'il préfère ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ? » Elles vous demandent : « Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ? » Alors seulement elles croient le connaître. Si vous dites aux grandes personnes : « J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit… » elles ne parviennent pas à s'imaginer cette maison. Il faut leur dire : « J'ai vu une maison de cent mille francs. » Alors elles s'écrient : « Comme c'est joli ! »

Entre le moment de la rédaction de cet essai et sa publication, j'ai découvert Robotique, emploi et modèle social, une excellente réflexion qui va dans le même sens que moi. Je vous encourage à le lire, il est très complémentaire !

Le nom « kilogramme » : une fantaisie de l’histoire

Le nom « kilogramme » a été attribué à une unité de base du SI pour des raisons historiques.

samedi 27 avril 2013

2iE, une école emblématique de l'Afrique moderne

Il y a quelques mois, au salon SMBG des masters et mastères spécialisés, j’ai fait la connaissance d’un étudiant africain de l’institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2ie-edu.org).


(version PDF)

Une école pour l’Afrique de demain

2iE, c’est une école d’ingénieur, une école doctorale et une association d’utilité publique africaine. Elle forme les jeunes qui feront l’Afrique de demain. Une Afrique loin des discours misérabilistes (magistralement parodiés par Africa for Norway) et de la malnutrition et de la corruption. Une Afrique qui veut sortir de son marasme et s’en donne les moyens.

Les transferts de savoir entre les peuples ne sont pas nouveaux. Si, aujourd’hui, on dit que les logi­ciels libres sont le plus grand trans­fert de tech­no­lo­gie jamais réa­lisé entre le Nord et le Sud (Bruno Lemaire, Bruno Decroocq, ADULLACT), rappelons que la civilisation arabe a préservé le savoir de l’Antiquité pour le redonner à une Europe amnésique au XIIe siècle (même si cette thèse est partiellement remise en question). De même en va-t-il des transferts de connaissances entre l’Orient et l’Occident (rappelons que la "Chine ignare" est une exception dans l’histoire multimillénaire de ce pays). À la fin du siècle dernier, des étudiants africains décidaient de retourner sur leur terre natale après avoir acquis un savoir en France pour relancer leur village natal, avec un grand succès et dans le respect de la planète. Ainsi advint le "miracle de Guélack" décrit dans Sahel, génération durable.

Avec des écoles comme 2iE, on passe à la vitesse supérieure. Non pas importer de la connaissance, mais produire sa propre connaissance (je ne sous-entends nullement que l’Afrique a eu besoin du "bon Blanc" pour créer de la connaissance ; je parle ici de connaissances scientifiques et technologiques).

2iE forme aux métiers classiques de l’ingénieur (eau et assainissement, énergie et électricité, génie civil et mines) mais aussi à ceux de l’environnement et, comme c’est de plus en plus nécessaire à un ingénieur aujourd’hui, aux sciences managériales. Elle est labellisée centre d’excellence de l’UEMOA, de la CEDEAO et du NEPAD et ses diplômes sont officiellement reconnus en Europe et par la Commission française des titres d’ingénieurs. Ce qui signifie qu’un étudiant de 2iE qui souhaite travailler en France ou pour une entreprise française (ou européenne) pour un salaire correspondant à sa formation n’a pas besoin de reprendre des études en France ou même d’obtenir une équivalence. Ses programmes vont du bac +3 (licence) au bac +8 (doctorat ; non, je n’ai pas fait une coquille) et passant par le MBA (et le master spécialisé, mais attention, ce n’est pas un mastère spécialisé), ceci en formation initiale comme en formation continue en ligne.

Le renouveau africain

Il y a huit ans, j’inventais le concept de noomasse ("biomasse intellectuelle" ou la "puissance de calcul de la planète") dans mon billet Développer l’Afrique, pour notre bien. Aujourd’hui, il me semble plus que nécessaire de mettre à jour le slogan des années 70, quand la Chine s’éveillera en quand l’Afrique s’éveillera.

L’Afrique est d’ores et déjà le territoire qui connait la plus forte croissance, plus encore que la Chine — comme l’écrit le directeur général de 2iE, Paul Giniès (l’emphase est mienne), Le continent africain est au cœur d’une dynamique sans précédent. Avec un taux de croissance moyen de plus de 5% sur la dernière décennie, le continent défie les clichés et s’affirme comme un acteur de plus en plus indiscutable de la compétition économique mondiale. Certes, elle part de plus loin, mais la Chine a montré que ce n’est pas parce qu’on part de loin qu’on ne compte pas (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je ne pense pas que l’Afrique – ou l’Inde  –, un continent disparate, pourra un jour concurrencer la Chine, un pays centralisé et qui sait ce qu’il veut). HSBC dans sa dernière campagne de pub annonce justement Dans le futur, le commerce Sud-Sud sera la norme, pas l’exception.

Signe révélateur à mon sens (un signal faible), on constate que l’Afrique se met à la science-fiction. Ceci est symptomatique d’une évolution des mentalités et de la prospérité. La capacitation qu’entraîne l’abaissement des barrières à l’entrée grâce aux technologies émergentes permet d’envisager une très rapide montée des soins grâce aux imprimantes 3D à bas prix que l’on sait faire.

Il reste de nombreux défis à relever à l’Afrique, certains plus complexes qu’ils n’en ont l’air (je pense au paradoxe du Lesotho, pays le plus touché par le SIDA et en même temps le plus alphabétisé d’Afrique). Cependant, l’Afrique est pour moi sur sa lancée. Il lui aura fallu du temps, mais c’est parti.

2iE en est la preuve.

mercredi 24 avril 2013

Les tarifs des transports en commun en Île-de-France

Carte Orange, passe Navigo, forfait Améthyste Émeraude, carte Améthyste, carte Rubis, carte Émeraude, ticket+, Mobilis, carte Imagin’R, dézonage, complément de voyage… Vous êtes perdu ?

Une pléthore de cartes

Carte Orange
Ancien nom de l’abonnement mensuel métro+RER, il désignait à la fois la carte et le forfait.
Intégrale
Ancien nom de l’abonnement annuel métro+RER.
Navigo
Désigne à la fois la carte (passe Navigo) et le forfait associé (forfait Navigo) qui remplacent la Carte Orange depuis qu’elle est passée à la carte sans contact.
Émeraude
Transport à prix très réduit pour les Parisiens (métro+RER+tramway+funiculaire+bus ?)
Améthyste
Transport à prix très réduit pour les autres Franciliens, uniquement pour le métro+RER+tramway
Rubis
Transport à prix très réduit pour les autres Franciliens, uniquement pour les bus du réseau Optile (la majorité des bus d’Île-de-France - ne pas confondre bus et car)

Tout ça a fusionné (la dernière fusion est entre Améthyste et Rubis le 1er avril 2013). Désormais, on a un Forfait Améthyste avec un passe Navigo Émeraude Améthyste (oui, Émeraude apparait sur le nom du passe mais pas sur celui du forfait).

Une pléthore de forfaits

Voici les offres de transports en commun de Paris (liste non exhaustive, >Tous les titres de transport en Ile-de-France en liste davantage, même s’il en manque et que la page est vieille et pas à jour) :

Ticket T+

Vous payez au trajet, avec portabilité entre RER, métro, tramway ou funiculaire.

Attention : vous ne pouvez pas prendre deux fois le même bus (par exemple, vous vous êtes trompé de direction). Des réductions si vous achetez par 10 (carnet - pour avoir testé, si sur les bornes, vous choisissez les tickets à l’unité et que vous rentrez 10, vous bénéficierez bien du tarif carnet, alors même que vous n’avez pas choisi l’option carnet. Ouf.).

L’intérêt principal est pour ceux qui ont calculé que vu leur usage des transports en commun, ça leur revenait moins cher (aller exceptionnellement chez quelqu’un de loin, une virée sur Paris alors qu’on est motorisé, accompagner des amis qui ne tiendraient sur le scooter…).

Finalement, le principal concurrent du Ticket+, c’est… le taxi ! Notez que ce dernier peut revenir moins cher que quatre tickets+, si on est à quatre dans un taxi sur un court trajet) !

Mobilis

Trajets illimités pour quelques jours.

Pour les touristes, car ne demande pas de papiers (mais plus cher que les autres offres sauf le Ticket t+). Peu connu des Franciliens, qui du coup oublient de le mentionner aux touristes.

Imagin’R

Trajets illimités à la semaine ou au mois, pour les étudiants.

Il y a une version scolaire et une version étudiants.

Navigo

Trajets illimités à la semaine ou au mois, pour les salariés.

Forfait Émeraude Améthyste

Trajets illimités à la semaine ou au mois, sous conditions de précarité.

Quelques conditions de précarité : 60 ans, carte d’inaptitude et non-imposable ; 65 ans, handicapé avec carte d’invalidité, 65 ans et non imposable ; handicapé avec carte d’invalidité ;. Les chômeurs ont d’autres aides). Par le passé, c’était encore plus compliqué (Améthyste gratuit, Améthyste demi-tarif, Émeraude, Rubis).


Une pléthore de zones

En plus de cela, il y a l’histoire des zones (il y a peu, il y en avait 8 ; désormais, il n’y en a plus « que » 5). Les zones se calculent à partir de Paris et en intégralité ! Qu’est-ce que ça veut dire ?

Hérésie 1 : de Paris-à-zone et non de zone-à-zone

Si vous partez de la zone 4 au sud de Paris et allez en zone 3 au nord de Paris, vous ne payez pas un trajet zone 4, mais un trajet zone 4 plus un trajet zone 3 (il aurait fallu parler de zone N1-N8, E1-E8, O1-O8, S1-S8, il n’y aurait pas d’ambiguïté) ! Si vous avez une carte d’abonnement, vous devez dès le début signaler quel est votre trajet privilégié. Sinon, vous devrez payer un nouveau ticket. Par exemple, vous avez l’habitude de partir du sud de Paris en zone 4 et d’aller à l’est de Paris en zone 3. Comme les transports en commun transversaux sont très (trop) peu développés, vous êtes obligés de passer par Paris. Vous effectuez donc un trajet zone 4 plus un trajet zone 3. Un jour, vous devez aller un peu plus loin sur la ligne, en zone 5. Votre abonnement ne couvrira pas la zone 5 de destination, il vous faudra payer un ticket supplémentaire. Et ça nous amène au deuxième point…

Hérésie 2 : pas de complément de voyage

Jusqu’à peu, si vous aviez un abonnement jusqu’à une certaine zone et que vous vouliez aller un peu plus loin dans la même direction, vous deviez payer la totalité du voyage et non la différence ! Si vous aviez un abonnement pour aller en zone 3 et deviez aller en zone 5 dans la même direction, vous n’aviez pas à payer deux zones (3 à 5) mais tout depuis Paris (1 à 5). C’est quand même du n’importe quoi ! Heureusement, ce n’est plus le cas depuis peu, grâce au complément de voyage. Quand vous prenez un billet pour « plus loin », les bornes déduisent votre abonnement du prix du billet. Ouf.

Simplifier et simplifier encore

Comme vous le voyez, malgré les simplifications, il reste du travail. Et en plus, il y a d’autres offres, comme Paris à Domicile ou le coupon de la carte de l’Office national des Anciens Combattants.

On pourrait déjà simplifier ainsi :

  • ticket T+, carnets et Mobilis : OK, pour les laisser tels quels
  • Navigo : le classique
  • Navigo étudiants : nouveau nom d’Imagin’R. Certes, on peut être étudiant et avoir plus de 25 ans (Imagin’R est pour les 12-25 ans), mais bon… Et virer les séparations scolaires/étudiants
  • Navigo Émeraude : ou Navigo Améthyste
  • Réduire le périmètre de Paris à Domicile pour que la partie transport soit incluse dans Navigo Émeraude, supprimer le coupon de l’Office national des Anciens Combattants
  • Voire fusionner Navigo étudiants et Navigo Émeraude ? Après tout, les deux segments visés sont désargentés. Pour ce qui est des offres sectorielles (Bon Plans Imagin’R, réductions Émeraude), il suffit de deux cases à cocher « je suis un jeune »/ « je suis un vieux ». On pourrait même appeler tout ça « Navigo », tout simplement. Avec un tarif réduit et des réductions sectorielles.

Solution : dézonage

Les pouvoirs publics ont réglé le problème des zones de manière radicale : fini les zones. Donc, plus de problème de Paris-à-zone et plus de complément de voyage. C’est même mieux que ça, puisqu’il en coûtera autant d’aller à La Défense (ah, la joie de La Défense lentement en zone 1 vs La Défense rapidement en zone 2…) que d’aller à Ermont-Eaubonne. C’est déjà en cours pour le week-end (dézonage week-end) et le sera bientôt pour l’ensemble de la semaine (avec une probable augmentation qui impactera surtout les Parisiens). Un pas vers un Grand Paris (Londres l’a fait il y a 140 ans).

Vive la simplification. On oublie trop souvent que la complexité à un coût qui peut dépasser celui de l’optimisation qu’elle est censée proposer.

Deux remarques

Je pense que le dézonage ne concerne que les abonnements avec un compte (donc, par les tickets T+ et les passes Mobilis, qui ne nécessitent pas un compte). En tout, au moins pour les tickets T+, ça se vérifie pour le dézonage partiel actuel (le week-end). J’ai payé 8 euros un aller-retour en Grande Couronne (loin de Paris).

Avec le dézonage, le ticket T+ sera encore moins intéressant qu’aujourd’hui. J’ai arrêté mon forfait Navigo pendant un an parce que j’avais les transports sur mon lieu de travail (et lui uniquement) gratuits (et que, du coup, mon employeur ne remboursait pas une partie de l’abonnement). Désormais, entre le remboursement partiel et le dézonage (qui ne s’appliquera probablement au ticket T+), pas de raison d’hésiter quand on habite à Paris intra-muros (à moins de ne sortir de son quartier qu’une fois par mois et encore – le seizième, c’est grand).


Si vous constatez des oublis ou des imprécisions, merci de me le signaler.

BitTorrent Sync : stockage en ligne sans serveur, dans le sens de l'histoire

BitTorrent Sync permet de synchroniser les données sur plusieurs machines sans passer par un serveur central. Conséquences :

  • Plus rapide (le serveur central n’est plus un goulet d’étranglement)
  • Moins d’intermédiaires
  • Pas de centralisation, donc plus difficile à réguler

Ceci va dans le sens de ce que j’observe depuis plusieurs mois (années ?) : abaissement des barrières à l’entrée et capacitation (empowerment en anglais). Même s’il devait échouer, ça ne changerai rien au changement civilisationnel dans lequel il s’inscrit — et que nous étudions et vulgarisons au sein de Technoprog.

Ici, il n’y a plus la barrière de l’‘inscription à un site duquel on dépend, tant pour la confiance que pour le droit. Rappel : la capacitation est la possibilité pour les utilisateurs finaux (vous et moi) à pouvoir faire ce qu’ils désirent en passant par un nombre réduit (idéalement, zéro) d’intermédiaires.

À noter qu’une expérience du même ordre est en cours dans une université britannique (je ne me souviens plus laquelle) pour de la téléphonie P2P depuis un téléphone mobile (pas un Skypephone ou autre téléphone IP). Il s’agit d’ignorer purement et simplement les opérateurs - et le contrôle qu’eux ou les gouvernements à travers eux peuvent effectuer. Notons qu’avec les téléphones 4 G qui concrétisent le passage en Full IP et l’abandon des protocoles téléphoniques, il ne sera que plus facile de court-circuiter les opérateurs téléphoniques. A mettre en rapport avec la récente déclaration de Xavier Niel comme quoi la voix et le SMS valent zéro (sous-entendu, ne soyez pas surpris si un jour Free vous le propose gratuitement).

Décentralisation de l’énergie (pico-centrales, moisson énergétique), décentralisation de l’information (Internet), décentralisation du stockage (cloud P2P comme BitTorrent Sync), décentralisation des télécommunications (expérience britannique), décentralisation de la monnaie (bitcoin), décentralisation la production de biens (circuits courts, agriculture bio et locale, impression 3D). Je crois que le motif (pattern) est clair.

Merci à Pierre Tran pour m’avoir fait découvrir BitTorrent Sync.

samedi 20 avril 2013

Blogger+ : commentaires de blog sur Google+

Désormais, on peut fusionner (de manière non rétroactive, cependant) les commentaires Google+ et les commentaires de Blogger. Peut-être que, du coup, je vais retenter l'aventure Blogger…

En revanche, il est toujours beaucoup trop long de passer du mode édition au mode visualisation dans Blogger. On est obligé de basculer sur l'interface d'édition pour modifier — on ne peut pas cliquer sur un lien modifier (voire, mieux, un EditInPlace).

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