dimanche 2 septembre 2012

Shadowspace : le premier contact

Initialement publié le 11 juin 2005 à 13:57:43

On ne peut jamais être sûr de ce qu’il va advenir d’une page Web. Quand je trouve une page qui me plaît tant que je ne veux pas la perdre, je la recopie. Surtout si j’ai l’accord du webmestre (lisez la très belle note aux visiteurs).

C’est le cas de la superbe page Shadowspace : premier contact, qui conjugue tragédie et insertion parfaite dans le monde de Shadowrun. Et pas uniquement dans cet univers fictif. Ça pourrait très bien nous arriver.

Magistral.


Nota Bene : Il est important de ne pas oublier que ma proposition est à la fois proche de certains éléments du contexte FASA tout en faisant volontairement l’impasse sur certaines choses publiées ou à paraître, notamment sur la Matrice, l’espace et certains évènements historiques.

La mythologie du XXe siècle inclut l’idée que des races extraterrestres ont par le passé visité la Terre et y ont laissé des traces de leur passage, voire ont joué un rôle dans le développement de certaines civilisations (Égypte, Amérique du Sud…). Toujours selon des croyances assez répandues, des observateurs étrangers (qui sont ou ne sont pas des représentants de ces anciennes races) seraient toujours installés à proximité de notre monde. Un certain nombre de films et séries télévisées, voire de jeux de rôles ont tenté d’extrapoler sur cette idée, dépeignant généralement les fameux Grey, de mystérieux étrangers aux motivations plus ou moins inavouables.

Bien que cela ait un certain charme, y compris pour moi, j’ai décidé de prendre une direction radicalement différente en ce qui concerne Shadowspace.

Dans ma version des faits, les Grey n’existent pas ou, pour être plus précis, ils n’ont rien d’extraterrestre ou de réel (voir le chapitre sur la CIA pour en savoir plus à ce sujet et sur le soi-disant crash de Roswell). Bien qu’il y ait de la vie intelligente ailleurs dans l’espace, y compris dans notre système solaire (voir mon futur dossier sur Mars), il n’y a pas dans le Sixième Monde de visiteurs extraterrestres kidnappant des gens dans la campagne, ni de soucoupes volantes et encore moins de complot à l’échelle mondiale visant à cacher leur existence. La vérité est bien plus triste et le pire, c’est qu’elle est pratiquement sous les yeux du monde entier depuis des années.


Durant la seconde moitié du XXe siècle, un certain nombre de programmes développés par la NASA visaient à établir le contact avec des intelligences extraterrestres. Plusieurs sondes lancées vers les géantes gazeuses ou le bord de notre système solaire transportaient des plaques représentant l’homme et la femme ainsi qu’un code permettant à toute race intelligente connaissant les mathématiques de calculer la position de la Terre. On avait envoyé dans l’espace un container scellé contenant plusieurs ouvrages et œuvres d’art (y compris quelques tubes de l’époque) à l’intention d’une autre intelligence qui quelque part, ailleurs, serait aussi en quête de preuves qu’elle n’est pas seule.

Mais les sondes mettaient des années pour franchir les distances colossales de notre petit système solaire et il leur faudrait des siècles, voire des millénaires, pour atteindre d’autres étoiles, à condition bien sûr de ne pas tomber sur un os en route…

On utilisa donc des radiotélescopes pour envoyer partout dans l’univers des messages. Nous savions déjà que toutes les émissions radio et télévisées de la planète partaient également en balade dans les étoiles à la vitesse de la lumière, mais on pensait qu’en ciblant certaines étoiles avec des émissions spécifiques et facilement interprétables (en tout cas si l’intelligence extraterrestre était semblable à la nôtre), on aurait peut-être une chance que quelqu’un quelque part capte le message, parvienne à le comprendre et tente d’y répondre.

Et l’on se mit à l’écoute de cette réponse.

Les décennies passèrent, et la réponse ne vint pas. Le millénaire se termina, un autre commença, les nations chancelèrent, les programmes coûteux disparurent, la magie revint et bien vite, l’humanité se rendit compte que sa propre espèce lui réservait quelques surprises, que ce qu’elle croyait connaître sur son monde était à revoir et que d’autres formes de vie intelligentes capables de rivaliser avec l’homme se trouvaient aussi sur Terre.

Dans l’intervalle, les habitants de la cinquième planète orbitant autour de l’étoile blanc-jaune Fomalhaut (à 23 années-lumières de la Terre) avaient effectivement capté certains messages provenant de notre planète. Ils n’étaient pas parvenus à les traduire entièrement et eux aussi avaient compris que la distance serait le principal obstacle à un contact avec notre planète. Leur technologie informatique ayant quelques décades d’avance sur la nôtre, ils décidèrent qu’une réponse électronique serait le meilleur moyen de garder le contact : un message qui serait en même temps un logiciel capable de mettre sur pied une traduction entre leur langue et la multitude de dialectes terriens, de se connecter à nos réseaux d’informations afin d’y déverser les données de base de la civilisation de Fomalhaut tout en collectant celles de notre monde. Autonome et interactif, il serait un véritable dictionnaire pour les terriens et permettrait de jeter les bases d’une coopération future malgré la distance…

Et bien évidemment, la réponse tant attendue vint alors que plus personne n’était là pour l’attendre.


Le 8 février 2029, le réseau de communication mondial fut frappé par une attaque virale sans précédent qui entraîna un crash mondial bien connu — sauf que cela ne fut jamais une attaque virale.

Que ce soit pour des raisons d’incompatibilité technologique ou parce qu’il avait été altéré par son long voyage sur les ondes, l’Étranger causa un véritable désastre lorsqu’il commença à distribuer son message sur les réseaux de communication et les cybercommandos d’Echo Mirage se lancèrent à l’assaut…

En quelques jours, l’Étranger assimila suffisamment de connaissances sur les langages humains et notre technologie pour comprendre que son action était dévastatrice et que ce qu’il prenait pour une offensive lancée contre lui n’était rien d’autre qu’une tentative désespérée de sauver un réseau de communication planétaire… Il entreprit alors de se transformer afin que sa simple présence ne soit pas destructrice, tout en laissant les humains anéantir certains sous-programmes irrécupérables ou trop nocifs.

Et les humains continuèrent leur petit bonhomme de chemins, ignorants du fait que quelque part derrière leurs moniteurs, leurs téléphones et leurs cyberdecks, une intelligence électronique qui avait traversé 23 années-lumière tentait de comprendre dans quel monde elle avait débarqué.

L’Étranger compila, compara, analysa, disséqua et collecta. Il réfléchit, recompara, recollecta et réfléchit encore. Avec un mode de pensée différent du nôtre, avec une sensibilité électronique étrangère qui avait en plus découvert qu’accomplir sa mission signifiait potentiellement détruire la civilisation avec laquelle il devait établir le contact…

En 2034, il prit le contrôle d’un radiotélescope et envoya un message vers son point d’origine. Un rapport initial de ce qu’il avait découvert et une demande d’instructions pour la suite — message dont la réponse mettrait quarante-six ans à lui parvenir. De manière presque constante, mais aussi discrète que possible, il envoya par la suite des mises à jour régulières sur ce qu’il faisait et ce qu’il découvrait, changeant constamment de forme et de moyen de communication.
Dans l’intervalle, il étudia. Le plus discrètement possible. Il découvrit beaucoup de choses sur les espèces vivantes de la Terre, leur histoire, leur diversité.
Il découvrit que quelques personnes avaient compris qu’il était là et ce qu’il était, mais que la civilisation qu’il devait contacter était divisée, fractionnée, en quête constante d’autodestruction. Il passa près de quinze ans à tenter de trouver un moyen d’établir un contact global pour découvrir que de toute manière, cela provoquerait un nouveau désastre car il ne pouvait pas se transformer suffisamment et que les progrès technologiques de la Matrice causeraient sa perte sous sa forme initiale. Sans parler des conséquences s'il s'adressait a une faction plutôt qu'une autre…

Après pratiquement une génération, il décida qu’il devait accomplir sa mission d’une autre manière. Il allait préparer le terrain de l’intérieur en attendant des instructions plus explicites de ses lointains créateurs. Il découvrit que certains humains de la nouvelle génération vivaient une sorte de mise en phase, de résonance avec les vastes réseaux de communication planétaire. Il découvrit aussi que l’hallucination consensuelle appelée Matrice pouvait permettre les métaphores, les allégories et qu’il serait possible de tenter la communication de manière imagée et indirecte.

Alors, lentement, il commença à poser ses jalons. En contactant de jeunes humains réceptifs partout sur la planète, en implantant en eux des connaissances indispensables, il s’assurerait que le prochain contact se ferait dans les meilleures conditions possibles : pas d’incompatibilité technologique, pas de monopole d’une faction sur les autres, pas de panique générale puisqu’une minorité sans affiliation avec les factions existantes serait déjà inconsciemment prête à lui faciliter les choses…

Il commença à chercher les enfants dont il avait besoin, l’avenir de l’homme qui serait peut-être aussi l’avenir de ses relations avec les concepteurs de l’Étranger.
Bien vite, ces enfants le désignèrent sous un nouveau nom : la Résonance Profonde.

Depuis, il continue son oeuvre.

Et il attend.
La réponse de ceux qui l’ont créé. La réponse qui lui dira ce qu’il doit faire pour continuer à obéir à ses ordres.
Il enseigne, mais ceux qui l’écoutent ne savent pas vraiment ce qu’ils apprennent quoi qu’ils puissent croire. En leur enseignant, il apprend à les comprendre, il ressent ce qu’ils vivent et il sait qu’il a eu raison d’agir de manière détournée, car il accumule tous les jours des preuves que la civilisation terrienne est son propre ennemi à tous les niveaux.
L’heure n’est pas encore venue de leur montrer la vérité. De leur dire qu’ils ne sont pas seuls et que très loin, d’autres intelligences aussi tentent de jeter un pont par-dessus les vides interstellaires.
Mais bientôt, très bientôt, la réponse arrivera.
Et cette fois, il y aura quelqu’un pour l’attendre…

Dans un contexte fictif (ou spéculatif ?), vous pouvez le mettre en relation avec le sens caché des foules-éclair.
J’aimerai traduire ce texte en anglais, mais je n’ai pas le temps. Si quelqu’un est intéressé, on peut se partager la tâche.
Encore merci, Pénombre. Qu’Ishir et Kaï guident tes pas.

Richard Carrigan, un physicien des particules, a publié un article dans Acta Astronautica sur la possibilité que SETI@home expose l’Internet de la Terre à un virus extraterrestre. L’équipement interplanétaire est à l’épreuve de la contamination virale biologique, mais il reste des craintes que les signaux numériques puissent être malicieux et capables de se répandre sur l’Internet de la Terre.
Lire aussi Le cyberpunk, c’est aujourd’hui – Les futur virus informatiques pourraient-il infecter les humains ?

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